ecris irlandeDans cet abécédaire, Bernard Berrou s’attache à nous faire partager sa passion de l’Irlande. Entre carnets de route, rappels historiques et portraits étonnants, ces textes sont avant tout nourris par ses vagabondages et ses rencontres. Des îles d’Aran au Connemara, de Baltimore à Knock, de Cape Clear au Lough Ree, il s’efforce d’explorer la poésie de l’Irlande à travers les tourbières, les ruines, la pluie, les petites routes… les pubs, etc. Puis il évoque le souvenir de ceux qui l’accompagnent, des écrivains, des peintres, des figures héroïques qu’il salue au passage. Lorsqu’il nous parle des Irlandais, c’est pour célébrer leur sens de l’amitié, leur humour et leur génie verbal.

Je vous écris d’Irlande est une véritable déclaration d’amour à un pays de forte identité, marqué par les blessures de l’histoire, en marge de l’Europe.

Extraits:

 

    Le cimetière d’Ennistymon, c’est tout le contraire du cimetière américain de Coleville. Les tombes de guingois sont éparpillées suivant la pente de la colline, les allées vont de travers, le sol est hasardeux, rien ici n’est symétrique ou régulier. Une merveille! On y cultive un fouillis salutaire, à l’image d’un peuple pour qui la confusion n’a jamais été qu’une manière naturelle d’appréhender le quotidien. Au pied des ruines de l’église, une tête de cheval sculptée orne la sépulture d’un champion d’équitation. Elle occupe tellement de place qu’on ne sait pas très bien, qui du cheval ou du cavalier, repose à cet endroit…

 

    A deux kilomètres de Skibbereen, le long de la route qui file vers Schull, le cimetière d’Abbeystrowry est l’un des plus émouvants d’Irlande. Sur près de deux hectares, des tombes anciennes se dispersent. Ce ne sont pas ces tombes qui retiennent l’attention, mais un rectangle d’herbe rase de trente mètres sur vingt, enchâssé en contrebas comme une plaque d’émeraude. Sous ce tapis vert entretenu au peigne fin, un charnier de neuf mille cadavres de toute la région, les victimes de la faim pendant la Grande Famine.