irlande the westVoyage dans l’âme insulaire et sauvage d’une Irlande qui recèle autant de secrets dans ses paysages à couper le souffle que parmi ses villages aux façades de couleurs vives. Marqué par l’histoire, le pays fait entendre l’accord parfait d’une nature indomptée et d’une civilisation authentique. Seul guide ici dans cet itinéraire sensible : l’intense passion que suscite l’île au trèfle vert.

Extrait:

 

    Il y avait bien longtemps que j’avais appris l’existence de l’Irlande. Dans ma mémoire, les images que j’en gardais étaient demeurées floues comme celles d’un songe. Dès mon plus jeune âge, ma grand-mère me racontait que des saints étaient venus d’Irlande sur des auges de pierre. Elle connaissait la vie de ces anachorètes, des fous de Dieu aguerris par les jeûnes et les mortifications sur les dernières enclaves occidentales. Je n’avais pas encore lu Joyce, Beckett ou Swift. Je ne savais rien des jardins exotiques autour de Glengarriff ou des arbres du domaine de Muckross près du lac de Killarney qui avait inspiré Wordsworth. Je ne connaissais pas encore la sauvage beauté de la péninsule de Dingle, ou le dallage minéral des îles d’Aran, quadrillé par son dédale de murs. Je n’avais pas encore posé le pied sur Clare Island, cette île sévère du Mayo, où le phare a été converti en chambre d’hôtes parce qu’il avait été construit sur une falaise si haute qu’il disparaissait trop souvent dans les nuages. J’avais simplement écouté quelques notes de musique, et vu dans des magazines ce vert extravagant qui était supposé être la marque de l’Irlande. Je ne connaissais ni le drame de son histoire ni la géniale incohérence de son peuple. A peine me rappelais-je d’un poème de Padraic Colum étudié en classe de quatrième, an Old woman on the road, une femme abandonnée sur les routes rêvait d’un foyer où elle pourrait se réchauffer devant un feu de tourbe. Pour l’illustrer, la photo en noir et blanc d’une chaumière dans le Connemara.

 

    Sur le bord de la route défoncée, entre Wexford et New Ross, devant le vert détrempé des prairies, il me restait un long chemin à parcourir avant que l’Irlande ne prenne possession de moi d’une manière inéluctable.