Belvédères

« L’attrait des chemins de traverse guide l’auteur vers des lieux peu courus en Bretagne (Le Juc’h, Guisseny, Peumerit, Lennon, Carnoët, Saint-Guénolé, Poullaouen, Scrignac, la Trinité-Langonnet…), mais aussi plus loin (Portugal, Sicile). On y apprend une foule d’informations, parfois insolites. Mais les belvédères s’élargissent au-delà de hauts lieux, ils sont aussi propices à des instants de plénitude comme la littérature et la peinture, à des rencontres essentielles (Julien Gracq, Michel Déon, Pierre Bergounioux, Jean Bazaine, Jean-Yves Quellec). Bernard Berrou trouve ici les mots justes qui relient sa passion du voyage, de la marche, à ses admirations intimes. »

Extrait:

 

    Ce qui donne à certains lieux un caractère inéluctable, c’est la forte efficience visuelle qu’ils provoquent, associée à l’idée d’un temps révolu. Celle qu’on appelle la Digue est une levée rectiligne, de faible hauteur, en maçonnerie compacte, qui s’étend sur près de trois cents mètres entre les quartiers de Nodeven et du Curnic sur la commune de Guisseny. Pendant longtemps elle fut le seul moyen de liaison entre ces deux quartiers, avant qu’une route ne soit aménagée à sa base. Le haut de la Digue est revêtue d’une couche herbue, sablonneuse, où se faufile une piste sortie du fond des âges qu’empruntent les marcheurs du sentier côtier. Contre toute attente, on emprunte un étroit terrain vague, surélevé, sans talus, ouvert sur un littoral attractif… Je ne connais rien de semblable à la Digue. Pourquoi conserve-t-on longtemps dans notre mémoire l’image de cette singulière construction? Elle avive en nous une nostalgie qui ressemble au rêve d’une civilisation de sagesse quand les travaux progressaient, pierre après pierre, jour après jour, dans la lenteur du temps.

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Comment arrivent les choses ? Vous cherchez des lectures essentielles, celles qui agissent comme une onde de choc. Vous passez des heures à fouiller dans des librairies, à lire une première page, des quatrièmes de couverture, à ouvrir un livre au hasard pour espérer une surprise sans être jamais tout à fait convaincu, et puis vous rencontrez quelqu’un, en l’occurrence une femme libraire qui sait à quoi s’en tenir. C’était au début des année 90 à Quimper. Mireille poursuivait vaille que vaille l’exigeante aventure de Calligrammes, initiée par Bernard Guillemot. A tous ceux qui franchissaient la porte du numéro 18 de la rue Elie-Fréron, elle prodiguait ce que la littérature offrait de mieux, à une époque où une production fast-food occupait déjà avec insolence, les espaces réservés aux livres.
Sans hésitation Mireille sortit un titre des rayonnages:
Ce pas et le suivant.